Recherche et développement :

La France reléguée ?

La crise COVID s’avère être un révélateur de la situation de la France en matière de recherche. Parlons ici de recherche et non de gestion de la crise où l’actuel pouvoir fait preuve de la pire impéritie. On peut procéder par strates successives -en commençant par celle du dessus bien évidemment- pour voir si le terme de France relégué doit être atténué.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU est constitué de cinq membres : la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Tous, à l’exception de notre pays, ont produit un vaccin anti-COVID. C’est un fait.

La Banque mondiale est une institution spécialisée de l’ONU dont un des rôles est d’aider au progrès économique des pays en voie de développement. C’est bien sûr une source de statistiques de toutes natures et notamment celle des dépenses de R&D en pourcentage du PIB. On y voit ainsi qu’en 2018 la France est à 2,19%, les Etats-Unis à 2,83% et l’Allemagne à 3,09%.

L’analyse sur plus long terme, toujours dépenses en R&D en pourcentage du PIB révèle un autre aspect. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est un forum qui regroupe 30 pays qui représentent 75 % du commerce mondial. Cette fois c’est une analyse sur la période 2000 à 2018 (https://data.oecd.org/fr/rd/depenses-interieures-brutes-de-r-d.htm). Les Etats-Unis progressent de 2,4 à 2,83%. L’Allemagne fait un bond de 2,5 à 3,13%. Quant à la France, elle passe de 2,1 à 2,2%. Mais c’est son évolution dans le temps qui suscite l’intérêt : ainsi après un passage à 2,18 à la fin de l’ère Jospin, on assiste à une lente érosion jusqu’à 2,02% puis un plateau au-delà de 2,2% de 2012 à 2017 avant de redescendre sous cette barre à partir de 2018. De là à conclure que la R&D n’est pas dans les gênes de la droite il n’y a qu’un pas qu’il ne faudrait pas franchir au risque d’être taxé de mauvaise foi.

Alors passons à la dernière strate, celle du CNRS (centre national de la recherche scientifique) et on peut y parler en nombre d’humains. Rappelons qu’un certain Léon Blum en 1936 nomme Jean Zay au ministère de l’Education Nationale et Jean Perrin à la tête du premier sous-secrétariat d’État à la recherche scientifique. A eux deux, ils créeront bientôt le CNRS. Les effectifs dans la rubrique effectif total (Source : Labintel au 31/12 de l’année n – traitement CNRS/SAP2S) vont beaucoup fluctuer. De 86588 en 2005, ce chiffre va chuter à 80203 en 2009 et il faudra attendre 2012 pour franchir le cap des 90000 et se situer à 97462 en 2015. Dans le rapport annuel du CNRS relatif à cette même année, cela se traduisait en ces termes : « Compte tenu des contraintes budgétaires nationales et de la décision politique de réduire le nombre d’agents de la fonction publique en France, cette stabilité a exigé un effort collectif particulier ». Le rapport 2017 sur l’exercice 2016 change de format et rend la comparaison guère possible.

La question est posée des raisons d’une telle situation française. Parmi diverses hypothèses il en est une qui est le hiatus entre d’une part une classe dirigeante et une haute administration généralement formatées Sciences Po/ENA et d’autre part une recherche constituée d’ingénieurs de belles écoles et surtout du monde de l’université, creuset de diversité donc de richesse. Magnifique mot qu’Université qui se décline par University en anglais, Universität en allemand, Universidad en espagnol ou encore Universita en italien.

Jean-Paul Méheust

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