LE RIDEAU DÉCHIRÉ

Même les pires censeurs, à moins qu’ils ne soient comploteurs, n’oseraient se risquer à dire que la pandémie COVID est une grippette comme a pu bien maladroitement le dire une star médicale du petit écran. L’immense majorité des Français a une conscience aigüe de la gravité de la situation mais est à la fois choquée, irritée voire révoltée par l’impéritie de l’actuel pouvoir pour ce qui est de la gestion de la crise. A preuve l’absence de masques puis de tests et aujourd’hui les résultats annoncés de vaccination qui semblent si éloignés de la réalité vécue par nos concitoyens.

Déchirons le rideau des apparences fait de déclarations péremptoires, contradictoires, approximatives, démagogiques pour examiner ce qu’est la structure de gouvernance de ce pouvoir pour gérer la crise. Au-delà des ministres eux-mêmes, c’est l’inflation de 50% du nombre de conseillers ministériels par rapport à 2017. Une annexe au projet de loi de finances («jaune budgétaire») dresse la situation des personnels affectés dans les cabinets. Selon cette annexe, au 1er août 2020, il existe 354 membres des cabinets et 1 959 personnes chargées des fonctions support (sécurité, chauffeur, secrétariat…). Le montant moyen mensuel des rémunérations de ces conseillers selon les ministères en partant des trois plus basses : Chargée de la citoyenneté (6284€), de la Ville (6491€), Droit des Femmes (7754€), pour s’envoler vers la plus haute aux Affaires étrangères (10130€), source : projet de loi de finances pour 2021 repris par Capital. Telle est la photographie d’une nomenclature inapte à analyser, comprendre et gérer la crise. Pour pallier cet échec, il a été fait appel pour corriger une logistique défaillante aux plus grands cabinets de conseil (l’Américain Mc Kinsey, l’Allemand Berger,…). Complétons le tableau et n’oublions ces 35 Français tirés au sort le 4 janvier pour former un "collectif de citoyens", chargé de se prononcer sur la stratégie vaccinale en France.

Dans cette inflation générale de conseillers, de consultants internationaux et de Français tirés au sort dont aucun ne peut se réclamer du suffrage universel, on est en droit de s’inquiéter pour la démocratie dont les signes de vie se font rares. Le comportement de l’actuelle majorité à l’Assemblée nationale est inquiétant par son absence de doctrine démocratique. La loi sur la sécurité globale et son fameux article 24 l’illustrent parfaitement. Adoptée massivement par les députés LREM elle est sévèrement critiquée notamment par la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) qui y voit «une nouvelle étape de la dérive sécuritaire en France». Le même jour, Jean Castex décide qu'une commission indépendante présidée par le président de la CNCDH est chargée de « réécrire » l’article. Tollé général avec la création de cette nouvelle commission qui contourne encore une fois l’Assemblée. Décision est prise de réécrire l’article 24 tout en essayant d’introduire en même temps l’ancienne mouture dans la loi séparatisme.

La discipline majoritaire est une règle d’or en démocratie. Et le respect des règles démocratiques est une pratique essentielle qui passe notamment par celui de la représentation nationale. Le pouvoir en place n’en a cure.

Albert Camus dans L’homme révolté écrivait : « La fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifiera la fin ? »

Jean-Paul Méheust

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