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VERDUN ET L’EUROPE

La chancelière Angela Merkel et le président François Hollande ont participé ensemble à la commémoration du centième anniversaire de la bataille de Verdun. L’émotion était perceptible dans cette traditionnelle rencontre franco-allemande initiée en son temps par le couple Mitterrand/Kohl. Il y fut certes question d’Europe mais abordée malheureusement comme une figure imposée et non comme un projet d’avenir fédérant les Européens. Mais est-ce si simple ?

L’Europe a grandi trop vite mais, avec la chute du Mur de Berlin, nous avions l’obligation morale d’accueillir les pays européens libérés du joug soviétique. C’est au nom de cette priorité que les tenants de l’approfondissement ont dû mettre en sourdine leur souhait d’une plus grande harmonisation des règles, qu’elles fussent sociales, fiscales, etc… Les plus libéraux ont vu au contraire dans cet élargissement une formidable opportunité d’un plus vaste marché, avec le Royaume-Uni en fer de lance d’une Europe n’ayant pour autre ambition que les échanges économiques libérés de toute contrainte sociale, fiscale, etc…

Le Royaume-Uni va se prononcer dans les jours qui viennent sur son maintien au sein de l’Union européenne. Si la sortie l’emporte, le "Brexit", nombreux sont ceux qui évoquent un risque de contagion à d’autres Etats-membres, dont les citoyens sont las de cette Europe qui fonctionne si mal. Etonnant paradoxe car cette Europe qui ne séduit pas ou plus, c’est bien au Royaume-Uni qu’on le doit, tant ce pays depuis son adhésion a été un frein permanent à la construction d'une Europe plus intégrée et plus solidaire. Si le maintien l’emporte, la règle du jeu restera la même et il est à craindre que le désamour des Européens ira croissant.

Pas simple donc. Mais cette commémoration à Verdun avec sa force symbolique pouvait être l’occasion d’annonces mobilisatrices, offrant des perspectives politiques, redonnant du sens à cette inédite et fantastique aventure de la construction européenne.

Malgré ses lenteurs, ses ratés, le moteur franco-allemand reste le cœur du progrès communautaire. C’est sa volonté d’aller de l’avant qui peut inciter d’autres Etats-membres à y prendre toute leur part. Cette méthode a connu diverses appellations : noyau dur, pays pionniers, coopération renforcée. Mais toutes recouvrent la même idée qu’une Europe à 27 ne peut pas avancer d’un seul et même pas et que la coopération renforcée permet ainsi aux Etats-membres les plus ambitieux d'approfondir leurs liens tout en laissant la porte ouverte aux autres Etats-membres susceptibles de les rejoindre ultérieurement.

Depuis sa création par le Traité de Rome en 1957, l’Europe s’appuie sur la coopération dont Jacques Delors a toujours été un ardent défenseur. L’Allemand Joschka Fischer, Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Schröder, en a relayé l’idée le 12 mai 2000 dans un remarquable discours sur l’avenir de l’Europe. François Hollande y répondait alors en ces termes : « Cette prise de position est [...] décisive parce qu'elle prend parti d'une manière claire sur le sens à donner à l'Europe unie. Dans les jours qui ont précédé le discours de Joschka Fischer, on s'interrogeait volontiers sur «l'Europe en quête de sens». A cette question à la fois légitime et récurrente dès que l'on parle de cette étrange aventure qu'est la construction européenne, Joschka Fischer apporte une réponse simple : l'avenir de l'Union, c'est la construction d'une fédération, dotée d'un Parlement, d'un gouvernement et d'un traité constitutionnel qui regrouperait et organiserait les Etats-nations par un partage de la souveraineté entre l'Europe et l'Etat-nation. On peut objecter, discuter, critiquer cette thèse, aussi vieille que la construction européenne puisqu'elle prend sa source dans la déclaration fondatrice de Robert Schuman, mais elle a l'immense avantage de la simplicité. Et c'est à partir d'elle, contre elle, pour la dépasser ou pour la préparer, qu'il faut que les uns et les autres se situent ». Il s'agit d'un extrait d'une tribune de François Hollande, parue le 22 mai 2000. Il était alors Premier secrétaire du Parti socialiste.

Jean-Paul Méheust

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