COMPARAISON N’EST PAS RAISON

L'herbe est plus verte ailleurs

Ce n’est certes pas nouveau mais ça s’intensifie avec Macron et ses laudateurs : la comparaison avec les performances de certains de nos voisins pour démontrer l’absolue nécessité de la réforme.

L’Allemagne a été et reste le pays de cocagne qui fait rêver en Macronie. Pourtant des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dire que l’exemple allemand n’est pas si mirifique que certains le prétendent. Ainsi selon le dernier pointage effectué par Eurostat, le taux de pauvreté – revenu inférieur à 60 % du revenu médian – pour l’année 2015 était de 16,7 % outre-Rhin alors qu'il ne s'élevait « que » à 13,6 % en France. Et cela alors que le seuil de pauvreté est inférieur en Allemagne. De l'autre côté du Rhin, il représentait en effet 12.401 euros par an pour une personne seule alors qu'en France, il était de 12.849 euros. L'Allemagne a donc en effet plus de pauvres que la France. Quant au taux de travailleurs pauvres, il a doublé en 10 ans outre-Rhin ce qui est un élément d’explication du chômage qui diminue conséquence d’une plus grande précarité dans l’emploi. Le tableau ci-dessous donne une vision plus large des réalités européennes :

Le dernier cri de la mode en Macronie, c’est la fléxisécurité à la danoise. A ce stade, la fléxi seule est en marche mais la sécurité reste au garage pour une sévère révision. Quand on prend l’exemple danois, on ne peut le dissocier de la fiscalité qui l’accompagne. Celle-ci est la plus lourde de l'OCDE, le royaume étant plutôt clément vis-à-vis de ses entreprises avec un taux d’impôt sur les sociétés de 22% là où il est de 34,5% en France. C'est donc sur les revenus des particuliers que le système fiscal danois frappe fort. L'impôt sur le revenu, prélevé directement à la source varie, selon l'emploi occupé, de 41% à 60% du salaire brut là où en France les différentes tranches imposables s'étendent de 14% à 45%. Côté TVA, c’est non seulement sévère avec un taux de 25% mais encore il n'existe aucun taux réduit comme c’est le cas en France notamment pour la nourriture avec un taux de 5,5%.

L’exemple danois est la démonstration que la méthode utilisée est détestable car elle consiste à extraire un élément dans un tout qui a sa propre histoire issue de choix politiques faits de longue date.

Imaginons un instant la Macronie installant en même temps la fléxisécurité à la danoise dans toutes ses composantes et un impôt sur le revenu à la danoise. Quand on voit l’acharnement hystérique de l’actuelle majorité à vouloir baisser l’ISF, dormez tranquille riches contribuables, la fiscalité danoise n’était pas aux promesses du candidat Macron.

Picorer des idées chez nos voisins n’est en rien condamnable. Mais cela démontre d’abord l’incapacité à réformer dans le cadre de nos usages qui sont une part de notre histoire française. Cela démontre ensuite la possible vacuité du très beau discours présidentiel sur l’Europe car celle-ci ne se construira jamais à coups de boutoirs nationaux mais au travers de convergences patiemment construites avec nos partenaires y compris en passant par les étapes intermédiaires que sont les coopérations renforcées ou les pays pionniers.

Le journal le Monde écrivait ainsi à l’occasion du grand discours du Président sur l’Europe à la Sorbonne le 26 septembre 2017 : « Paris veut au contraire que les pays les plus volontaires sur chaque dossier aillent beaucoup plus loin dans l’intégration, explique l’Elysée. Les « pionniers » pourront ensuite être rejoints par d’autres, comme pour les accords de Schengen. Et « les pays qui ne voudraient pas ne pourraient pas empêcher les autres d’avancer ».

Jean-Paul MÉHEUST

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